A propos du Conte

Yékrik !

Il était une fois….Le conte créole

Il est bien loin le temps ou les gens du village se rassemblaient autour des anciens à la lueur des bougies ou au clair de lune pour écouter des contes. « Des ma petite enfances, ma grand-mère, mes oncles et ma mère racontaient des contes à tous les enfants du village », se souvient Edgard FERUS, conteur. Mais depuis, il y a eu l’arrivée de la télévision, du cinéma, des consoles de jeux…
« Le conte a été détrôné par la modernité. Cela remonte aux années soixante-dix, quand est arrivée l’électricité dans les campagnes ». Heureusement on assiste aujourd’hui à un regain d’intérêt pour le conte. Par souci identitaire pour défendre la langue créole, des conteurs, travaillent à faire vivre le conte créole, notamment à travers l’organisation de festival, d’ateliers, de CD-Rom… « Nous recevons des jeunes et leurs proposons des spectacles autours du conte. Certains arrivent avec leur console de jeu. Mais je vous assure qu’ils la rangent avant la fin du spectacle », se réjouit Edgard FERUS. Car le conte fascine toujours les enfants.

 

5 Questions à…… Edgard FERUS !

1/Quelles sont les spécialités du conte créole ?

Le conte créole se termine généralement par une moralité. On tire toujours une leçon du conte. On le reconnait aussi à ses rituels. Il y a la façon de dire le conte une façon de faire. Au commencement, le conteur prononce un slogan d’appel (yékrik)). Il entre ainsi en communication avec le public et attend que l’assistance lui réponde (yékrak). En cela, il invite l’assistance à écouter et à rentrer dans l’histoire. Ce slogan peut revenir tout au long du conte. C’est un outil qui permet au conteur de rester en contact avec le public, de le tenir en haleine. S’il se rend compte que l’assistance s’évade, il relance l’appel et l’histoire peut reprendre.

2/Quels sont les principaux personnages ?

Dans le conte créole, on a souvent des personnages animaliers. Le personnage le plus connu c’est compère lapin. Les personnages sont toujours liés à l’histoire de la Guadeloupe. Compère lapin, rusé et malin, est certainement la représentation du Blanc. La plupart des autres personnages viennent d’Afrique comme l’éléphant et le tigre. Le conte créole à d’ailleurs sa matrice en Afrique. Seul compère zamba est un personnage typiquement guadeloupéen. D’ailleurs, on ne sait pas vraiment à quoi il ressemble.

3/Quelle différence entre les contes de Guadeloupe, de Martinique, d’Haïti ?

Les différences sont uniquement culturelles. On retrouve d’ailleurs les mêmes personnages dans toute la caraïbe (en Haïti « bouki » est l’homologue de compère lapin), partout où il y a eu des déportations d’esclaves. Car à l’origine, le conte était dit par les esclaves africains.

4/Quels sont les contes préférés des enfants ?

Les enfants adorent les contes où il y a du mouvement. Les contes avec une petite comptine, de la musique, où ils vont pouvoir participer. Où l’interactivité va prendre une place importante. Les contes vivants, interactifs et attractifs.

5/Faut-il que le conte soit raconté ou lu ?

Quand le conte est raconté, le conteur est imprégné du récit. Le conteur agit avec ses sens, son regard, sa voix. Cela donne une dimension dynamique au conte. La perception pour le public est donc différente. Quant le conte est lu, le livre en les mains, il faut aussi y mettre du cœur. Mais quand un parent lit un conte à son enfant il s’agit d’une communication affective. L’enfant est de toute façon ravi d’avoir son parent près de lui.

Le conte : Outil thérapeutique

« Les expériences que j’ai vécue avec des adolescents en institution me pousse à croire que le conte est un outil pédagogique sur lequel le secteur éducatif peut d’appuyer pour interroger les difficultés des jeunes et tenter d’y répondre.
Je me souviens d’une jeune fille rebelle de 17 ans placée en institution. Elle était très agressive et violente avec des camarades. Un jour, nous avons emmené le groupe voir des conteurs. Alors qu’une conteuse jouait un conte de sorciers, la jeune fille à laissé éclater sa peur. Elle s’est mise à la place du petit Ernestin pris en chasse par deux sorciers. Elle s’est blottie entre ses camarades qu’elle agressait habituellement. A la fin de la séance elle était heureuse d’avoir eu peur, d’avoir partagé ce sentiment avec ses camarades. Elle nous a aussi laissé entrevoir une facette de sa personnalité. Depuis cette expérience, la jeune fille est moins agressive.
J’en suis convaincu le conte à des vertus thérapeutique », soutient Edgard FERUS, conteur et éducateur spécialisé. Il souligne également les expériences positives menées auprès d’enfants autistes, d’enfants déficients intellectuels ….